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15/05/2012

265 élèves par classe, du jamais vu!

 Frédéric Gnoumou est professeur de droit et d'économie dans un lycée de Bobo-Dioulasso, la deuxième ville du Burkina Faso. C'est pour illustrer un cours sur l'explosion démographique en Afrique qu'il s'est rendu à l'école primaire Colma, dans le quartier du même nom, pour prendre en photo cette classe de CP1.

 

Vue Partielle d'une classe de CP1.JPGSur et sous les bancs, ils sont 265 élèves de 6 ans à s'entasser dans la salle. C'est en tout cas le nombre d'élèves officiellement inscrits au début de l'année scolaire au CP1 de Colma, car faire l'appel en début de journée est devenu une opération compliquée.

Le site de l'Unicef a même publié un témoignage sur cette école primaire. Le texte rapporte que le nombre d'élèves y a explosé en 2003 quand les migrants burkinabés de Côte d'Ivoire sont rentrés dans leur pays d'origine pour fuir la guerre. Beaucoup se sont alors installés à Bobo-Dioulasso, ville proche de la Côte d'Ivoire.

 L'enfant est comme à l'abattoir"
Dans ces conditions, les enseignants ne sont pas capables de noter les absences et les abandons. Aucun suivi n'est possible. Dans la classe de CM2 de cette école, même si c'est déjà beaucoup, on "ne compte plus que" 170 élèves. Parce que ça rapporte plus d'aller faire des petits boulots pour gagner quelques sous que d'être à l'école comme à l'abattoir...
Un des gros problèmes, c'est que les directeurs d'école continuent d'accepter les inscriptions, en échange de bakchich des parents, alors que les classes sont déjà en sureffectif. Les parents aussi sont démissionnaires : s'ils dénonçaient les conditions d'études de leurs enfants (comme partager un compas ou un manuel à plusieurs ou être assis par terre pendant 8 heures d'affilées), peut-être que l'Etat aurait plus de pression pour revoir sa politique en matière d'éducation et d'enseignement.

09/04/2012

Nelson Mandela, Les archives du combat de l'homme sont désormais en ligne

patmos mandela.jpgNelson Mandela Digital Archive vient de voir le jour sur internet. Le site réunit les textes et archives de Nelson Mandela, «Madiba» comme on l’appelle souvent, après la numérisation de milliers de documents, permise par Google - qui a financé l'opération à hauteur de un million 250 mille dollars.

C’est une visite dans un musée virtuel. Un clic vous fait passer d’une galerie à l’autre, d’une photo à une lettre. Il y a le document qui a envoyé Nelson Mandela en prison avec une condamnation à vie, une photo de classe où on le voit adolescent. Des clichés pris à Robben Island, où il a passé le plus clair de ses 27 ans de détention. A chaque fois, le document brut, et la possibilité d’en connaître le contexte historique, là encore d’un clic.

Les archives de Nelson Mandela, premier président de l’Afrique du Sud démocratique et prix Nobel de la paix sont désormais en ligne, en accès libre. Il y a un an, le géant américain d’Internet, Google, et les archivistes du Centre Nelson Mandela pour la mémoire annonçaient leur projet commun. Coût : un million 250 mille dollars, presque 940 mille euros. Aujourd’hui plus de 19 mille documents sont en ligne, et le fonds devrait s’enrichir régulièrement à partir du mois de juin.

Google digitalise l’Histoire

Avant Nelson Mandela, il y a eu les manuscrits de la Mer Morte, et les archives de Yad Vashem, le mémorial de la Shoah en Israël. Steve Crossan, qui dirige l’Institut culturel de Google, explique que le projet est «de rassembler les histoires communes de l’humanité pour les mettre à disposition du plus large public possible, et aider chacun à raconter ces histoires. Et parmi ces histoires il n’y a rien d’aussi inspirant, d’aussi intéressant que celle de Nelson Mandela. »

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06/12/2011

voici ce qu'a dit Gbagbo à la CPI lors de sa première comparution

images 2.jpgLors de sa première comparution à la CPI, Laurent Gbagbo s'est vu signifier les charges qui pèsent contre lui. Et s'en est pris vivement à la France. Florilège.

Première comparution de Laurent Gbagbo à la CPI. Le jury fait son entrée dans la salle à 14 heures précise. Laurent Gbagbo, les avocats de la défense, et l’accusation se lèvent puis se rasseyent. Costume bleu marine, cravate ciel et chemise blanche, l'ancien chef de l'État ivoirien est assis au dernier rang, à droite des juges. La juge Silvia Fernandez de Gurmendi lui demande de décliner son identité. « Je suis Laurent Koudou Gbagbo, mais officiellement, sur le papier, c’est Laurent Gbagbo. On m’appelle aussi Koudou, c’est mon vrai nom. Je suis né en 1945 à Gagnoa en république de Côte d’Ivoire », répond l’ancien président.

« Comprenez-vous bien le français », lui demande alors la juge. Réponse : « Je ne parle que français, malheureusement ». La juge rappelle qu’il ne s’agit pas d’un procès mais d’une audience qui a pour but de vérifier son identité, de lui signifier les charges qui pèsent contre lui et de lui lire ses droits. « J’ai été informé des crimes que l’on me reproche et de mes droits », se contente de dire Gbagbo avant de se rafraichîr. La juge lui explique qu’il ne peut témoigner contre lui-même et s’avouer coupable. Le detenu opine du chef avant de regarder les personnalités présentes dans le public, toutes assises derrière une vitre de verre.

Dans l'assistance, des représentants des corps diplomatiques, des militants associatifs ivoiriens, des membres des collectifs de victimes et, bien-sûr, la presse. Une centaine de journalistes ont fait le déplacement à La Haye. Il y a aussi Me Habiba Touré, une conseillère jurique de l'ex-président et Me Rodrigue Djadjé, l'avocat de Simone Gbagbo, l'épouse de Gbagbo actuellement recluse à Odienné au nord de la Côte d'Ivoire.

"C’est l’armée française qui a fait le travail"

À 14h11, en réponse à une question sur sa détention, l’ancien chef d’État se lève avant d’entamer un long plaidoyer contre l’intervention militaire de la France en Côte d’Ivoire et la manière de gouverner du président Ouattara. « Les conditions de ma détention à la Cour de La Haye sont correctes, a-t-il affirmé. Ce sont les conditions de détention normales d’un être humain. Par contre, celles de mon arrestation, le 11 avril 2011, le sont moins. J’ai été arrêté dans les décombres de la résidence officielle du chef de l’État qui a été bombardée du 31 mars au 11 avril. Le jour de l’assaut final, une cinquantaine de chars français ont encerclé la résidence. C’est l’armée française qui a fait le travail. Les forces régulières étaient alors de mon côté. Le ministre de l’Intérieur, Désiré Tagro, est décédé devant mes yeux. Mon médecin personnel, le Dr Christophe Blé, a également failli mourir. Mon fils aîné, Michel Gbagbo, actuellement en détention - pourquoi l’a-t-on arrêté si ce n’est parce que je suis son père - a été battu sous mes yeux. »

Je ne voyais pas le soleil. Ce n’est que lors des visites de mes avocats que j’ai pu voir la lumière du jour.

 

« On m’a alors emmené à l’hôtel du Golf, siège de campagne d’Alassane Ouattara. Le 13 avril, l’Onuci nous a transférés (avec son médecin, NDLR) à Korhogo, à plus de 500 km de là. On m’a alors enfermé dans une villa. On ma proposé trois repas par jour mais, comme je ne mange pas le matin, je n’en ai accepté que deux. Je ne voyais pas le soleil. Ce n’est que lors des visites de mes avocats que j’ai pu voir la lumière du jour. Et encore, mon avocat, Me Emmanuel Altit, est venu à Korhogo au terme d’un périple de deux jours. Mais on l’a empêché de me voir. J’ai connu l’enfermement sans pouvoir marcher, voir le ciel, sortir dehors. J’ai eu de nouvelles pathologies en plus de celles que j’ai déjà. Je ne suis plus un jeune de 20 ou 30 ans, vous savez. J’ai mal à l’épaule et aux poignets. Heureusement, depuis je suis arrivé à La Haye, j’ai passé des radios et on me donne des médicaments ».

"Surpris par certains comportements"

Le chef de l’État a alors marqué un léger temps mort, le temps de sourire et de lancer un regard à la presse, avant de continuer : « Concernant mon transfert à La Haye, je suis surpris par certains comportements... Là encore on nous a trompés. On m’a appelé (mardi dernier, NDLR) pour me demander de rencontrer un magistrat qui devait m’entendre dans le cadre d’une affaire. Pendant que l’on discutait avec ce magistrat au tribunal de Korhogo, le juge d’application des peines est arrivé avec le mandat d’arrêt de la CPI.

Immédiatement, j’ai improvisé (en fait, c’est la chambre d’accusation d’Abidjan qui s’est réunie exceptionnellement à Korhogo, NDLR) une séance de jugement pour que la Cour donne son autorisation à mon transfert. »

Je suis venu à La Haye sans rien excepté mon pantalon et ma chemise.

Nouvelle reprise de souffle avant de conclure : « Je suis là, on va maintenant aller jusqu’au bout. Madame la juge, je tiens toutefois à vous signaler, pour les cas futurs, que l’on peut faire les choses de manière plus normale. On n’a pas besoin de se cacher pour nous transférer à La Haye. J’ai dirigé la Côte d’Ivoire pendant dix ans. Je n’ai pas fait ça. Une fois l’audience de Korhogo achevée, mon geôlier (le commandant Fofié Kouakou, en poste à Korhogo, NDLR) m’a emmené dans sa voiture en direction de ma villa. Mais il a dépassé le lieu de ma résidence. "On ne s’arrête pas", ai-je demandé. Il m’a répondu : "Non, on va l’aéroport. Il n’est pas éclairé et votre avion doit partir avant 18 heures 30. Ou est ce que je vais ?" lui ai-je alors demandé. Il n’a pas eu le courage de me le dire. Il a dit : "Abidjan." J’ai alors rigolé car j’avais compris. Je suis venu à La Haye sans rien excepté mon pantalon et ma chemise.

Madame la juge, prenez les précautions pour que dans d’autres pays, d’autres cas, cela ne se reproduise pas. Ça ne sert à rien. On veut faire croire que les gens ne veulent pas comparaître devant la CPI. Si on m’a accusé, c’est qu’on a des éléments de preuve. Lorsque je comparaîtrai, vous aurez les miens et vous jugerez. »images.jpg

Hymne ivoirien

 

Laurent Gbagbo, s’est alors rassis à 14 heures 23 après une intervention de 12 minutes. La juge a alors fixé l’audience de confirmation des charges au 18 juin 2012. Une date qui pourra être reportée à la demande de l’accusation ou de la défense, si ceux-ci veulent plus de temps pour préparer l’audience. Mais ni le procureur Moreno Ocampo ni Me Emmanuel Altit n’ont, pour l’instant, émis ce souhait. La juge a alors demandé à ce qu’on attende la sortie des juges pour escorter Laurent Gbagbo en dehors du prétoire. L’ancien président s’est alors tourné vers le public. Il a salué Me Touré et Me Djadjé avant que le rideau se ferme.

Laurent Gbagbo a alors quitté la salle d’audience avant d’être ramené dans sa cellule de la prison de Scheveningen à une dizaine de kilomètres de là. Ses partisans, qui ont entonné l’hymne ivoirien durant les débats, ont eux aussi quitté leur loge avant de répondre aux questions de la presse. Dans les prochaines semaines et les prochains mois, le détenu va se consacrer à la préparation de sa défense qui, à l’image de ce qu’il a montré à cette audience, devrait être « musclée ». Ses cibles : la France et la république de Cote d’Ivoire