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04/04/2011

CRISE CI : comme si Houphouet le savait

 

J’ai la haine de la haine et je désapprouve toute violence dans les rapports entre les hommes. »

Man, 25 janvier 1960

 

« De nos jours, plus sans doute qu’au cours des époques successives qu’a traversées l’humanité, la paix mondiale est indivisible."

Vœux du Corps diplomatique, 1er janvier 1967

 

« Le dialogue est l’arme des forts et non des faibles, c’est l’arme de ceux qui font passer leurs problèmes généraux avant les problèmes particuliers, avant les questions d’amour propre. »

« Dans la recherche de la paix, de la vraie paix, de la paix juste et durable on ne doit pas hésiter un seul instant, à recourir, avec obstination au dialogue. »

Devant le Corps diplomatique, 1er janvier 1970

 

« Nous sommes tous solidaires du même destin, du destin de l’Afrique et si nous pouvons mener de front la lutte pour la paix à l’intérieur de nos pays, la paix entre nos pays, la paix entre nos pays et le reste du monde, alors nous aurons servi l’Afrique. »

Conférence de presse sur le dialogue
Abidjan, 28 avril 1971

 

« Nous n’avons qu’un objet de haine : la guerre, qu’une seule obsession : la paix, la paix des cœurs, la paix sociale, la paix entre les Nations. »

Séminaire du Bureau Politique
Yamoussoukro, 12 juin 1973

 

« La paix, qui a constamment besoin d’exhortations, est une acquisition continue, le plus souvent silencieuse. »

UNESCO, Paris, 7 mai 1976

 

« Il n’y aura pas de paix tant que la force paraîtra l’unique recours possible pour dénouer des situations intolérables. »

Fête nationale, 7 décembre 1979, Katiola

 

« Il est plus facile de faire la guerre que de faire la paix. »

7e Congrès P.D.C.I.-R.D.A,  29-30 septembre et 1er octobre 1980

http://www.youtube.com/watch?v=tjhtp6PjppE&feature=pl...




 

Commentaires

Il y a une quinzaine d’années, un cardinal du nom de Poupard, venu de Rome, avait déclaré au peuple émerveillé de Côte d’Ivoire que leur pays était désormais la nouvelle patrie du Christ. C’était le moins que Dieu ou son fils, ou les deux, qui de toute façon ne font qu’un, pouvait faire, après la superbe piaule (pardon, basilique) que le premier président de la Côte d’Ivoire lui ou leur avait construite à Yamoussoukro. Ce d’autant plus que dans leurs anciens pays, en Europe, ils étaient sérieusement menacés de se retrouver sans-logis par les ayatollahs de la laïcité et les autres ayatollahs barbus et enturbannés. En retour, Jésus offrit aux Ivoiriens…Laurent Gbagbo. Avec Simone en prime. Ingratitude du fils de Dieu envers un peuple qui s’était saigné pour le loger ? Au regard du bilan du couple Gbagbo pendant les dix ans de son règne, on est en droit de le croire. A moins que, comme le disent certains, Dieu n’ait été tellement horrifié par l’arrogance des Ivoiriens, leur méchanceté, la manière dont ils traitaient les étrangers, qu’il leur a envoyé Gbagbo et sa femme pour les punir.
Depuis leur arrivée au pouvoir, le couple (infernal ou béni, c’est selon) n’a cessé de proclamer qu’il a été envoyé par Dieu. Ou mieux, que Dieu leur a donné la Côte d’Ivoire. Mais soyons honnêtes. Personne en Côte d’Ivoire n’a entendu Dieu ou son fils dire que c’est l’un d’eux qui a envoyé pour les diriger le « Woudy » de Mama et celle que des irrévérencieux ont surnommé Gargamel à cause de sa ressemblance avec le personnage de la bande dessinée de Peyo. Vous vous souvenez de ce sorcier toujours flanqué de son chat Azraël de la série « Les Schtroumpf » ? Reprenez les bandes dessinées de votre enfance et regardez bien Gargamel. Je disais donc que c’est Laurent et Simone qui ont annoncé qu’ils avaient été envoyés par Dieu. Les seuls autres témoignages allant dans ce sens sont ceux de certains pasteurs dont on est en droit de douter de l’impartialité. L’un d’eux, conseiller spirituel de Laurent et donc payé par lui avec bien entendu nos impôts, était à ses heures perdues négociant en armes pour son patron. Un autre, que je connais bien et qui aime étaler tous les signes de sa récente richesse dans les magazines people de Côte d’Ivoire, était chanteur dans un groupe de rap. N’est-ce pas que les voies du Seigneur sont impénétrables et que tout conduit à lui, même le rap ? Surtout que chanter son nom devant des gogos rapporte plus d’argent que de chanter la vie dans les quartiers d’Abidjan ?
Donc, le Christ et/ou son père ne nous ayant pas formellement confirmé qu’ils étaient bien les commanditaires de Laurent et Simone, nous avions le choix entre les croire sur parole, ou ne pas croire. Tout est une question de foi. Eh bien, ma foi, moi je n’y crois guère. Oh, ce ne sont pas les signes pour faire croire les hommes et femmes de peu de foi de mon acabit qui ont manqué. Maintes fois, des personnes, surtout des femmes, allez savoir pourquoi, qui ont longtemps prié au pied de la statue de la Vierge Marie à Issia, en plein pays Bété (la région de Gbagbo, tiens donc), ont affirmé avoir vu la Vierge Marie, épouse, maîtresse ou relation d’une soirée, je ne sais pas trop, et mère du père et du fils. Chaque année, il se trouve des femmes pour déclaré l’avoir vue dans le ciel, après une longue nuit de veille au pied du sanctuaire marial, sorte de pied-à-terre qu’avait offert le décidemment très pieux premier président ivoirien à la mère de Jésus, sans doute pour ses visites à son fils, dans le quartier très pauvre d’Attécoubé. Une autre fois, c’est à Yopougon, autre bastion des partisans de Laurent Gbagbo, que la sainte mère et épouse ou autre chose est apparue sur un mur à quelques privilégiés. La télévision ivoirienne a toujours fait de gros reportages sur ces apparitions miraculeuses, mais les téléspectateurs que nous sommes avions eu beau écarquiller les yeux, nous n’avons jamais rien vu.
Il n’empêche. Laurent, Simone et leurs escouades de pasteurs n’ont cessé au cours de ces dix dernières années de chanter aux Ivoiriens que c’est Dieu qui leur a envoyé le couple présidentiel et que seul Lui pourrait leur enlever le pouvoir. Ce qui pouvait s’interpréter comme signifiant qu’il ne servait à rien d’organiser des élections. Elie Barnavi a dit dans une chronique dans le magazine Marianne que Dieu et la démocratie n’ont jamais été compatibles. Et effectivement, Gbagbo ou Dieu a manœuvré pendant cinq ans pour éviter de demander leur avis aux Ivoiriens sur le choix de leur président. Mais, puisque même en Iran, un autre pays où un Dieu appelé Allah est aux commandes, on passe de temps à autres par la case élection (pas pour le guide suprême, qui est en quelque sorte le représentant de Dieu en terre perse, il y a quand même des limites) Gbagbo a fini par convier ses concitoyens aux urnes. Ce devait être une formalité. Il est tout de même l’élu de Dieu, et d’ailleurs, des sondages, humains ceux-là, avaient confirmé sa victoire sans fioriture devant les représentants du Mal. J’avais oublié de vous dire que lorsque l’on est oint par Dieu, tous ceux qui s’opposent sont forcément manipulés par la Malin, ou Satan.
Que s’est-il donc passé lors de cette élection ? Jésus, son père et sa mère auraient-ils abandonné Laurent ? Le Malin aurait-il été plus fort ? Laurent Gbagbo a perdu ! Oui, il a perdu, et le saint-esprit ou esprit tordu (en tout cas il a tout dit sauf ce qui était droit ou qu’on appelle le droit) de Paul Yao-Ndré, le président du Conseil constitutionnel appelé en renfort ne peut cacher la vérité : Laurent Gbagbo a bel et bien perdu l’élection présidentielle ivoirienne de 2010. Enfer et damnation, c’est le cas de le dire. Donc, plus de budget de souveraineté, plus de comptes en banques bien garnis à l’étranger, plus de Mercedes Maybach dans laquelle se pavaner dans les rues défoncées d’Abidjan, plus d’avion, d’hélicoptères, de bateau de luxe, de tapis rouge, de maîtresses à gogo, de gardes du corps armés jusqu’aux dents, de rues bloquées pendant de longues minutes à chaque passage, de gens obséquieux pliés en deux jusqu’au sol, de possibilité d’arrêter qui l’on veut, de déposséder qui l’on veut de son épouse, de ses biens, de sa vie, plus de…plus de… Avec en plus la probabilité de se retrouver dans une froide prison aux Pays-Bas à manger des harengs crus et à faire la causette avec l’inculte de Charles Taylor pour quelques abus des droits de l’homme (escadrons de la mort, opposants massacrés, disparition du journaliste Guy-André Kieffer sur laquelle ces rancuniers de Français ne manqueront pas de venir demander des comptes) ? Oh non, Seigneur, cela ne saurait être ta volonté ! Non, cela n’est pas la volonté de Dieu, ont répondu en chœur les pasteurs consultés à la hâte. C’est qu’ils avaient gros à perdre eux aussi dans l’affaire, vu que celui que la maudite démocratie a désigné comme vainqueur n’est pas du genre à engraisser des pasteurs. Des marabouts et des imams, peut-être. Alors, puisque ce n’est pas la volonté de Dieu, il faut s’y opposer. Par tous les moyens. David, Salomon et autres rois de la Bible ont bien fait des guerres souvent cruelles pour imposer la volonté de Dieu. Alors, on ouvre le feu sur tous ceux qui contestent, sur les femmes qui font mine de vouloir manifester pour contester, on tire à l’arme lourde sur les marchés qui peuvent contenir des personnes susceptibles de contester, on lâche les chérubins, pardon, les « jeunes patriotes », avec pour mission de piller tout ce qu’ils peuvent, et de lyncher tous ceux qui ressemblent à des personnes capables de contester. Que ta volonté soit faite, Seigneur, sur la terre et surtout dans les zones où des infidèles m’ont refusé leurs voix, que l’eau et l’électricité y soient coupées et montre-nous des signes. Amen ! Et la télévision ivoirienne montra des signes du Seigneur. Un soir dans le journal de 20 heures, on montra des « rebelles » qui avaient attaqué un commissariat et qui avaient été tués. Ils ressemblaient beaucoup à des pauvres gens qui passaient dans le coin et que l’on avait occis pour la cause. On disait qu’ils étaient tous de nationalités étrangères sénégalaises, burkinabé, maliennes, nigériennes. Et, à la fin du reportage, on nous montra, o miracle, un nuage qui ressemblait beaucoup à un morceau de barbe-à-papa, qui descendait du ciel pour se poser dans la cour du commissariat. Le journaliste parla de signe divin. Un autre soir, la même télévision nous montra une brave femme du quartier d’Abobo qui avait découvert le cœur de Jésus dans sa sauce graine. Plus tard, l’on nous rapporta que la statue de la Vierge Marie avait bougé à Agboville, sans nous préciser si c’était en coupé-décalé. Si tout cela n’arrive pas à vous convaincre que Laurent et Simone sont indubitablement des oints de Dieu, et qu’ils doivent donc conserver le pouvoir, c’est que vous êtes vraiment bons pour le supplice du collier. Cela consiste à passer un pneu imbibé d’essence autour du cou d’une personne et d’y mettre le feu. Ça vaut bien ce que les inquisiteurs infligeaient à tous les hérétiques de leur époque.
Venance Konan

Écrit par : Venance Konan | 10/04/2011

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