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29/04/2010

Ils sont formidables mes opposants : par Venance Konan

photo7084713864bd8fbb5515d4.jpgJe dois vous avouer une chose. Je les aime beaucoup, le gros et celui qui a un certificat de nationalité de trois mois. Il y a des gens qui pensent que je ne les aime pas et que je souhaite qu’ils disparaissent de la scène. C’est complètement faux.

 

Est-ce que je suis fou ? Qui ne rêve pas d’avoir de tels opposants ? On dit qu’un diable que tu connais vaut mieux qu’un diable que tu ne connais pas. Or ces deux-là, je les connais très bien. Franchement, des opposants qui te laissent faire tout ce que tu veux, qui te laissent même prolonger tranquillement ton mandat de cinq ans sans rien dire, qui serait fou pour leur souhaiter du mal ? S’ils ne sont plus là et que de jeunes fougueux et emmerdeurs, comme je l’ai été en mon temps, les remplacent, que deviendrai-je ? Je vous assure que chaque fois que mes femmes vont, l’une au temple et l’autre, à la mosquée, je leur recommande toujours de faire des prières pour qu’ils vivent longtemps et demeurent mes opposants. Ils sont vraiment formidables, ces deux-là. Voyez vous-mêmes. En 2004, quand ils m’ont énervé et que j’ai fait sortir l’armée, la police, la gendarmerie et tout le reste, ils ont dit qu’on avait tué 400 à 500 de leurs militants. L’ONU a dit qu’elle a compté 120 morts. Vrai vrai, j’ai été très étonné quand, lors du conseil des ministres qui a suivi, je les ai tous vus devant moi. Quoi ! Vous accusez quelqu’un d’avoir tué 400 de vos militants et vous venez vous mettre au garde-à-vous encore devant lui ? Honnêtement, quand moi j’étais de l’autre côté, vous croyez que j’aurais accepté de m’asseoir encore à la même table que celui contre qui je porte de telles accusations ? Les aviez-vous entendus dire qu’ils allaient par exemple démissionner pour protester contre ces morts ? Les aviez-vous entendus dire qu’ils allaient marcher pour protester, faire des pétitions ou quelque chose comme ça ? S’ils avaient fait ça j’aurais été bien embêté. On n’aurait pas pu tirer sur eux à nouveau, sinon, on se serait retrouvé devant la Cour pénale internationale. Mais ils sont venus eux-mêmes se remettre à ma disposition. Vous vous souvenez que moi, j’ai marché quand l’armée a fait une descente à la cité universitaire de Yopougon. C’est à ce moment qu’ils m’ont mis en prison. Ce qui a fait ma gloire et mon succès futur. Eux, ils ont peur d’aller en prison. Comment voulez-vous que j’aie peur d’opposants qui ont peur d’aller en prison ? Là où j’ai eu chaud encore, c’est lors des déchets toxiques. Tout le monde était fâché. Même mes supporters. J’étais coincé. Je me suis dit, « cette fois-ci, ils vont faire ce que moi-même j’aurais fait si j’avais été à leur place ; ils vont demander à la population de sortir massivement pour venir protester, organiser des marches, des meetings partout dans le pays, exiger ma démission... » Et je m’étais dit, « ça ne sent vraiment pas bon. S’il y a encore des morts, l’ONU et la communauté internationale qui s’est emparée de cette affaire ne me louperont pas. Je savais que tout le monde m’attendait au tournant. Mais rien ! Ils n’ont même pas dit un mot. Ils ont laissé les gens manifester tout seuls, jusqu’à ce qu’ils se fatiguent. Moi-même, je n’en revenais pas. C’est lorsque j’ai remis en place les trois que l’autre, celui qui disait que l’ONU lui avait donné tout mon pouvoir, avait enlevé de leurs postes qu’ils se sont mis à se plaindre. Ah bon ? Quand la population meurt à cause des déchets toxiques, ça ne leur dit rien. C’est quand je leur souffle au nez des postes qu’ils lorgnaient qu’ils se sentent concernés ? Non, ils sont vraiment formidables. Et puis il y a eu les femmes qui ont manifesté contre la vie chère. Rien. Pas un mot. Ils n’étaient pas concernés. C’est vrai que pour eux la vie n’a jamais été chère. Donc, ce n’était pas leur affaire. Il y a eu quelques morts, mais je me suis dépêché pour envoyer un peu d’argent aux familles des victimes, j’ai dit aux ministres de faire en sorte que les prix baissent, ils ont jeté de la poudre aux yeux de tout le monde, et les choses se sont très vite tassées. guy 001.jpgOuf, j’avais eu un peu chaud, mais heureusement mes deux opposants étaient là pour me tirer d’affaire. Il y a eu quoi encore ? Quand j’ai envoyé cinq cent millions à mon ami de là-haut, je me suis dit que si c’était moi, je demanderais à la population de manifester sa colère parce qu’il y avait eu des inondations ici, avec des morts, et on n’avait rien fait. Mais comme je les connais maintenant, je ne me suis pas inquiété. Et je n’ai pas eu tort. Donc, quand j’ai décidé de dissoudre le gouvernement et la CEI, je ne me faisais aucun souci. Je savais que sous la poussée de leurs jeunes militants, ils parleraient et manifesteraient un peu, mais que ça n’irait pas loin. Il y a eu quelques morts, mais je savais qu’ils reviendraient dans mon gouvernement. Ils sont revenus. Moi, mon objectif était de me débarrasser de ceux que je ne voulais plus voir dans mon gouvernement, et que l’on ne parle plus de la date des élections. Ils m’ont envoyé quelques bons vieux bien fatigués, des gens que personne ne connaît, et, les élections, qui en parle encore ? Ils attendent tous ce que je vais décider. Parce que c’est moi, et moi seul le vrai maître du jeu. Comme je ne suis pas pressé, ils peuvent attendre autant qu’ils veulent. Maintenant, ils parlent du 15 mai. Ils vont faire quoi ? Est-ce qu’on ne se connaît pas dans ce pays ? Si vous voulez, on prend le pari. Il n’y aura rien. Un peu de bruit, peut-être quelques morts, et le 16 mai, je convoquerai un conseil des ministres où ils seront tous présents, au garde-à-vous devant moi. De vous à moi, quand on a des leaders d’opposition comme ça, la meilleure chose à faire n’est-elle pas de prier pour que Dieu leur donne longue vie, et qu’ils restent longtemps à la tête de cette opposition ? Je dois vous avouer une dernière chose. J’admire ceux qui sont encore derrière eux.

source  : www.venancekonan.com

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